A l’usine-partie2

UsinePlus encore que l’insistance des chefs, c’est l’énorme tam-tam des machines qui accélérait ncs gestes, tendait notre volonté d’être rapides. Le cœur essayait de s’acccrder à la vitesse des claquements de courroies. Dehors l’usine me suivait. Elle m’était rentrée dedans. Dans mes rêves j’étais machine. Toute la terre n’était qu’une immense usine. Je tournais avec un engrenage.
Le temps dans le hall passait vite. Midi atteint, avec un rapide mouvement des mâchoires, en un quart d’heure en prenant l’air de la rue, les compagnons dévoraient leur casse-croûte. Reprise jusqu’à deux heures et demie. Au coup de sirène les équipes partantes vidaient l’atelier. Au vestiaire, chacun raclant un peu de savon noir et le mêlant de s iure se lavait en hâte, vite essuyé, vite dévêtu de ses bleus d’usine. Les compagnons étaient rapides à fuir, à fermer leur placard, à tourner le coin de la rue, la casquette ajustée sur l’oreille, à filer vers le métro avec une petite valise de carton à la main. Hâte de marcher et de changer d’air, de se délivrer de là.
En les quittant, je serrais les mains d’une foule changeante, toujours hâtivement. Les poignées de main étaient distraites, machinales. L’usine embauchait. De nouvelles têtes apparaissaient. D’anciennes disparaissaient. Elles se ressemblaient à la sortie. C’étaient les mêmes faces blêmes, grises, comme si l’usine nous avait fabriqués, découpés, avec ses grosses presses dans de la pâte industrielle.

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