Un provincial à Paris – partie2

 Les Halles  Paris 1954La ville avait pris le dessus sur les pensées d’Armand. Bourchons,ventes de fonds de boulangerie. Les lettres d’or aux balcons des commerces de gros, baroques et lyriques, achevaient de déconcerter ses yeux neufs qu’arrêtèrent les panonceaux d’un huissier, la réclame d’un chirurgien-dentiste. Des hercules en casque à mèche le bousculèrent. Il se sentait petit au milieu de ces chandails rayés, de ces torses de lutteurs asservis. L’instinct le conduisit vers les Halles, malgré les sollicitations des rues étroites, des tournants, et les arcades vers lesquelles il s’était un instant avancé, voyant grouiller à terre des sortes de sacs humains, dont la saleté repoussante et le degré d’abaissement le firent reculer. Devant lui, deux flics qui parlaient haut, interpellèrent un de ces déchets misérables. C’était au pied d’une espèce d’entrepôt noir dont le rideau de fer s’enfonçait dans la rue sombre qui, sur la droite, gagnait les Halles. Sous la marquise de verre du magasin (Spécialité d’oeufs), allongés dans des journaux, il y avait des paquets d’êtres roupillant, la tête enfoncée dans les encoignures. En marge de toute cette nourriture verte et blanche, l’ombre ainsi crevait de faim et de sommeil. Les esclaves puissants du Paris qui mange semblaient ne pas voir leurs frères déchus à force de misère. Ils circulaient là-dedans, prenant seulement garde de ne pas mettre leurs pieds solides sur ces corps, comme ils eussent évité des excréments.
Ce que les agents de police avaient choisi, on ne sait pourquoi, au milieu de tout ce lot d’épaves, pour exercer leur goguenardise, car une espèce atroce et basse d’humour tintait leurs voix impératives, c’était une vieille femme, difficile à déchiffrer à première vue dans les oripeaux sales, et les cheveux gris défaits de folle mêlés à ses genoux où reposait la tête entre deux bras qui serraient une sorte de sac de toile et un vieux parapluie aux baleines cassées. De ce magma de misère, un œil vieux, de terreur et de ruse, fit mine, à peine apparu, de se rendormir. Alors une godasse lourde se leva et vint frapper rigoureusement dans la tête. La chose roula dans la boue et les rires des hommes de l’autorité qui continuèrent leur chemin.

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Une réponse à Un provincial à Paris – partie2

  1. Sur les premiers, Méduse apparaît comme un centaure femelle, sur le point d’être décapitée par Persée, qui détourne la tête pour éviter d’être pétrifié. Sur l’amphore d’Éleusis, Méduse gît, décapitée, parmi les fleurs ; ses sœurs, à forme humaine mais au visage monstrueux, veulent poursuivre Persée, mais sont arrêtées par Athéna qui s’interpose.

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