A l’usine-partie1

usineTout l’espace, du sol à la toiture du hall, était haché, occupé, sillonné par le mouvement des machines. Des ponts roulants couraient au-dessus des établis. Au sol, dans d’étroites travées, des chariots électriques se gênaient pour circuler. Il n’y avait plus de place pour la fumée. Des presses colossales, dans le fond du hall, découpaient des longerons, des capots, des ailes, avec un bruit pareil à des explosions. Entre-temps, la mitraillade des marteaux-revolvers de la chaudronnerie reprenait le dessus sur le vacarme des machines.
Je me répétais: «Mon pauvre vieux, est-ce que tu pourras vivre là, est-ce tu seras aussi fort que les autres?» serrant sous mon bras mon paquet d’outils personnels, joint à un casse-croûte dans un journal. Ce pain qui sentirait le fer me semblait bien dur à gagner.
Les équipes d’ajusteurs-outilleurs travaillaient au montage des matrices à emboutir et à découper, nécessaires aux grosses presses. … On parvenait à une vitesse de gestes étonnante. Ouvrir un tiroir, l’explorer, en retirer un outil, repousser un tiroir, ne prenait qu’un instant. On était déjà occupé à une perceuse. On agissait comme dans les films fous où les images se suivent à une vitesse choquante. On gagnait du temps. On le perdait à attendre la meule, la perceuse, le pont roulant. Il fallait trop souvent faire face au manque de petit outillage. Ces trous dans l’organisation d’une usine qui passait pour fonctionner à l’américaine, c’était de la fatigue pour nous.

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