Chasse en montagne

Sur la neige, des pistes se croisent. Une piste de martre, une piste toute droite et prudente de renard… des sabots d’isards frais. Et de l’autre côté du névé, au pied d’une corniche de rcchers, trois lagopèdes groupés, blancs et gris, qui se distinguent à peine des pierres, se chauffent au soleil.
Paul réfléchit qu’à cette distance de la bande d’isards, il peut très bien risquer un coup de feu. Il retire sa chevrotine et glisse dans son canon une cartouche de plomb n’7. Puis il s’avance vers les rochers sur le névé où la neige craque.
Comme il approche de la corniche, il entend un bruit léger de cailloui qui roulent brusquement, voit apparaître une tête qui le regarde à qua¬rante mètres, les oreilles dressées et les yeux ronds… un isard, un bouc solitaire venu d’en bas effarouché par l’éboulis qui, d’un bond splendide, s’enlève et part sur la pente en montant. Paul a précipitamment remis des chevrotines dans son canon… A quatre-vingt mètres, il envoie sa charge au bouc; l’isard marque le coup, fléchit sur les jarrets comme si son élan se trouvait brisé, fait une volte, puis repart mais en descendant.
Il en a… crie Paul et, sur le flanc de la montagne, il s’élance follement en courant vers le fond de la vallée pour tâcher de couper la retraite au bouc.
Le bouc semble voler… Paul glisse, tombe, se relève, roule encore, arrive dans une gorge étroite vers laquelle l’isard semblait descendre par un détour. Paul l’attend… Le ciel s’est couvert de petits nuages gris. Des brouillards s’étendent en nappes très loin sur la plaine. Paul chemine, baissé jusqu’à la sortie du défilé, et là, il regarde. A cent cinquante mètres de lui, l’isrd s’est arrêté. Paul l’examine à la jumelle. Une de ses pattes de derrière tremble et fléchit. Elle saigne. Il se tient pourtant encore dessus, mais de temps en temps son train de derrière semble chavirer. Il prend le vent. Paul voit distinctement la truffe noire de son nez flairer dans sa direction. De sa queue, drôle et courte,il chasse des mouches. Il agite constamment ses oreilles. Parfois il tend son cou vers sa patte malade comme pour la lécher, mais chaque fois il manque de tomber et il y renonce.
Paul rampe parmi le gazon piquant, haut en cet endroit, dans la di¬rection du bouc. Le gazon est chargé de rosée et, en un instant, Paul est trempé. Pour les protéger, il place ses cartouches dans son sac. Il se pique les mains et, parfois, la figure quand, le bouc tournant la tête de son côté il doit s’aplatir dans l’herbe. Encore trente mètres à gagner. Paul souffle un moment derrière une grosse pierre ronde. Encore vingt nétres et l’isard, sera à sa portée. .. Paul prépare son arme, pose son sac pour être plus à l’aise… mais quand il s’apprête à reprendre sa marche et qu’il regarde, plus rien. Le bouc a disparu. En se dressant sur les mains, Paul l’aperçoit deux cents mètres plus loin, arrêté…
Le bouc a pris le chemin inverse de celui que Paul devait suivre pour aller à la rencontre de la bande d’isards, mais cela n’a pas d’importance. Blessé, le bouc n’ira plus loin sans doute. D’ailleurs, s’il n’a pas pu le tirer de nouveau cette fois-ci, c’est que Paul s’est trop pressé. Il faut, dans une approche ne pas perdre une minute, mais aussi savoir violenter son impatlence. Examiner bien attentivement le terrain, toujours. Cette fois, le bouc est au milieu des éboulis? Mais ces éboulis peuvent être contournés et le bouc peut être approché à vingt mètres en espadrilles. Paul regarde le haut de la montagne. La seule solution possible, c’est de gagrer la crête par une cheminée à pic et de passer au-dessus de l’éboulis. Une heure de marche au moins, et de durs passages. Paul regarde le bouc. Il s’est couché. C’est décidément par en haut qu’il faut passer pour l’attaquer. Et Paul reprend sa marche montante, tournant le dos à l’isard et se cachan! de lui le mieux qu’il peut.

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